Deux romans de Karine Giebel

Aujourd’hui, je consacre cet article à une auteure française que j’ai découvert récemment et un peu par hasard. Il s’agit de Karine Giebel. Née en 1971, elle a publié son premier ouvrage en 2004 et elle en est à ce jour à son 11ème roman et à une dizaine de recueils et de nouvelles.

Elle a par ailleurs collectionné pas mal de prix littéraires, et entre autres dans les prestigieux festivals du polar de Marseille et de Cognac.

Le style de littérature de Karine Giebel se situe clairement entre le roman policier et le thriller psychologique.

Pour l’instant je n’ai lu que deux ouvrages de cette écrivaine et j’avoue avoir été conquis par le côté très structuré de ses romans, aux intrigues bien ficelées et qui ne dérapent pas trop dans l’ultra-sordide ou l’abracadabrant, comme cela est parfois la dérive de certains auteurs de ce type de littérature.

Les histoires qu’elle raconte sont certes plutôt sombres et pas banales mais, sauf a de rares exceptions près, elles demeurent toujours d’une assez bonne crédibilité. Dans les deux romans que je détaille ci-après, j’ai trouvé des personnages parfaitement décrits qui deviennent attachants en dépit de ce qu’ils peuvent être, ou avoir fait par ailleurs.

L’écriture de Karine Kiebel est claire, fluide, bien structurée et sans fioritures excessives. Le rythme de la narration est toujours soutenu, maintenant ainsi l’intérêt du lecteur du début à la fin de l’histoire sans un seul temps mort.

Le jugement que je porte ainsi est conforté aussi bien par des avis que j’ai pu recueillir dans mon entourage que par des critiques que j’ai pu lire dans la presse ou des forums sur internet. Parmi les livres qui semblent faire l’unanimité, il faut noter « Juste une ombre », « Le purgatoire des innocents »,  « Les morsures de l’ombre » et son dernier opus « Toutes blessent la dernière tue ». A suivre…

  • Jusqu’à ce que la mort nous unisse. Colmars-les-Alpes, petit village situé dans le Mercantour, vient de vivre un drame avec la mort a priori accidentelle de Pierre, agent de surveillance du parc. Son meilleur ami Vincent Lapaz, homme solitaire et brisé (suite au départ inexpliqué de sa femme) exerce la profession de guide de montagne. Il n’arrive pas à croire à la thèse de l’accident pour quelqu’un qui, comme Pierre, connaissait aussi bien la montagne. Il est persuadé qu’il s’agit d’un meurtre car Pierre n’avait pas que des amis dans la région, et surtout pas chez les braconniers qu’il traquait au quotidien.
    Servane, jeune recrue tout juste sortie de l’école de gendarmerie, vient d’être nommée à la brigade de Colmars où elle est plutôt bien accueillie par le capitaine Vertoli mais nettement moins par ses collègues un brin machos. Enthousiaste et désireuse de s’intégrer dans cette région si différente de son Alsace natale, Servane va recourir aux services de Vincent afin de mieux connaître la montagne.
    Après une période d’observation plutôt rugueuse, Servane va petit à petit apprivoiser ce guide ombrageux, séducteur et cynique. Face au caractère bien trempé de la jeune femme, Lapaz finira par lui confier ses doutes et il va insensiblement l’associer à son enquête. Il vont devoir faire toutefois avec Monsieur le Maire, sa famille et ses hommes de main, lesquels régentent tout ou presque dans le village et qui voient d’un assez mauvais œil cette obstination de Vincent à vouloir « fourrer son nez » dans une affaire qui pourrait bel et bien les éclabousser un jour ou l’autre.
    Si l’on s’attache assez vite aux personnages de Vincent et Servane, c’est tout un microcosme villageois qui est parfaitement décrit par Karine Giebel, ainsi qu’une ambiance et des paysages qui sont tout à la fois superbes et inquiétants. Même si les choses prennent parfois un caractère un peu trop sentimental et un brin fleur bleue, c’est bien malgré tout à un thriller que l’on a à faire, ne nous y trompons pas. A un rythme qui va aller crescendo, nous allons plonger dans une intrigue qui se révélera de plus en plus opaque et pleine de rebondissements.
    En conclusion, un bon polar, une intrigue bien menée qui, en dépit de quelques maladresses, reste quand même tout à fait crédible. A noter qu’un téléfilm vient d’être réalisé à partir de ce roman et a été diffusé récemment sur France-3. Franchement, cette fiction ne vaut pas que l’on s’y arrête. Si le fil conducteur est à peu près conforme au roman, pour le reste c’est du travail bâclé avec des raccourcis et des libertés par rapport au livre qui gâchent tout.
  • Meurtres pour rédemption. Jeune fille de bonne famille, Marianne a perdu ses parents très jeune et a été élevée de manière assez stricte par ses grands parents. Rebelle dans l’âme elle s’est alors investie totalement dans les arts martiaux, où elle excelle, avant de sombrer dans la petite délinquance avec son petit ami. Tout ceci finira par le braquage raté d’un couple de personnes âgées durant lequel elle va tuer le vieil homme, puis un policier et en blesser gravement un autre. Condamnée à une très lourde peine, Marianne va se retrouver (alors qu’elle n’a pas 20 ans) dans un univers carcéral impitoyable où elle rencontrera tout à la fois la violence, l’injustice, l’humiliation, la drogue, etc. mais aussi quelques rares et belles personnes. Elle deviendra ainsi incontrôlable et, malgré les punitions et autres tabassages, ne se résoudra pas à courber l’échine. Daniel, le responsable de l’unité, est impitoyable à l’égard de Marianne mais il n’est toutefois pas totalement insensible à la situation de cette jeune fille abandonnée par sa famille, manquant de tout et cachant en fait une sorte d’humanité refoulée.
    Un jour, Marianne est appelée au parloir où elle va se trouver face à trois hommes qui sont visiblement des policiers et qui lui proposent de la faire sortir de cet enfer carcéral si elle accepte de commettre un meurtre ciblé. Méfiante, Marianne refuse mais elle va être régulièrement sollicitée par ces étranges policiers et finira par accepter le marché. Pourquoi l’ont-elle choisie pour cette mission ? Quelle est la personne cible de l’assassinat ? Pourquoi ? Après quelques péripéties, Marianne va quitter un enfer pour plonger dans un autre, certes très différent mais tout aussi impitoyable.
    Ce roman de plus de 1000 pages est un choc incroyable. On se trouve happé dans cette sombre histoire au point de provoquer un malaise lancinant. En dépit de ce qu’a pu faire Marianne, on finit par s’attacher à cette petite boule de nerfs qui cache un grand cœur. Lisez ce livre, vous verrez, vous serez « scotchés » malgré une première partie un peu trop longue mais qui, au final, s’avère nécessaire ainsi. Comme l’indique un critique en quatrième de couverture, dans Marianne il y a un peu de la Lisbeth de « Millenium ». Pour ma part, j’ajouterais que ce livre m’a également fait souvent penser aux films « Le prophète » pour la partie carcérale et à « Nikita » pour la seconde partie.
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