Monter les uns contre les autres

La semaine dernière, lors d’un journal télévisé du 20 h sur France-2, un sujet a été consacré à l’indemnisation du chômage, en relation avec les travaux entamés ce jour même par les organisations patronales et syndicales.

L’accent a tout de suite été mis sur les divergences de point de vue de chacune des deux parties puis, en guise d’illustration, deux reportages ont été proposés.

Le premier consistait en l’interview d’une responsable de la CGPME (de mémoire) qui expliquait qu’il fallait que l’indemnisation soit rapidement dégressive afin d’inciter les chômeurs à retrouver du travail, y compris dans d’autres secteurs que ceux de leur domaine de compétence. Elle a précisé, en substance, que les personnes à la recherche d’emploi ne faisaient pas trop d’efforts et se complaisaient, d’une certaine manière, dans cette situation. Jusque-là, rien à dire, cette dame était dans son rôle.

Dans la foulée, le second reportage, montrait une mère de famille bien occupée à élever ses 3 ou 4 enfants, à donner des cours de catéchisme (sic) et à œuvrer dans diverses associations. Cette personne expliquait qu’elle était en effet inscrite au chômage, qu’elle touchait des indemnités pour cela, mais qu’elle ne cherchait absolument pas un travail, étant bien trop occupée par ailleurs. Ainsi, nous l’avons donc vue témoigner, à visage caché (téméraire mais pas courageuse cette dame…), dans son coquet appartement bourgeois, à pianoter sur son ordinateur et sur sa tablette. A la question du journaliste qui lui demandait si elle n’avait pas l’impression de profiter du système, elle a répondu avec un aplomb extraordinaire que NON, que cela était un droit, et qu’elle ne voyait pas pourquoi elle s’en priverait (charité bien ordonnée… 😉 ).

Après ces deux témoignages totalement « à charge » contre les chômeurs, la suite du sujet a en effet expliqué rapidement, mais trop discrètement, que ceci ne représentait pas la majorité des cas (trop tard, le mal était fait). Enfin nous avons quand même eu droit l’inévitable chiffre du jour (cela nous manquait) annonçant le nombre de millions d’euros que de telles pratiques représentaient. Fermez le ban…!

Et voilà comment on peut conditionner le peuple aux heures de grande écoute en biaisant ainsi l’information. A l’heure où les ouvriers de Florange sont inquiets pour leur emploi, que l’on nous annonce chaque jour  des plans de licenciements massifs dans les quatre coins de l’hexagone, France-2 n’a pas jugé bon de proposer un seul reportage sur la situation de familles désespérées, vivant dans dans la précarité et qui recherchent pourtant activement du travail sans en trouver. Et pourtant, c’est bien là la triste réalité du chômage et de telles situations sont infiniment plus nombreuses et dramatiques que celle qui nous a été exposée précédemment. (1)

Bon d’accord, vous allez me dire, qu’à d’autres occasions, des sujets sont proposés avec des reportages moins caricaturaux et qui collent davantage à la réalité sans créer implici-tement de tels insupportables amalgames. Ceci étant, je considère quand même que le traitement de l’information de grande écoute, comme il est fait en particulier dans les journaux télévisés, a parfois une forte tendance à « monter les gens les uns contre les autres » et je trouve ceci parfaitement déplorable.

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(1) Ceci m’amène à m’interroger sur les moyens dont disposent les médias pour trouver ainsi de telles personnes à interviewer. Quel sont les moyens de « recrutement » et quelle est la part de scénarisation (pour ne pas dire de « bidonnage ») qui est investie pour monter ainsi de tels « témoignages » trop bien ficelés ?

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2 réponses à Monter les uns contre les autres

  1. Antoine dit :

    Je n’ai pas vu ce reportage mais en effet, quand un journal traite d’un sujet (ou d’une de ses facettes, comme ici) il le traite souvent à fond, à charge ou à décharge. Pas trop de nuances. Y’a un sujet, faut le traiter. Si un jour ils traitent la facette inverse, ce sera à fond aussi (les pauvres gens qui galèrent et ne veulent qu’une chose: travailler). Là ils ne parleront pas des abus.
    C’est vrai que c’est dommage, mais le JT n’est malheureusement pas une émission de débats, il faut faire passer rapidement le message choisi par la rédaction, entre le reportage sur les exactions syriennes et le suivant sur les copies chinoises de jouets qui envahissent les magasins à Noël. Faut que ça percute !

    Sinon, bonne remarque également, je me demande souvent comment, dans les reportages ou les émissions, ils trouvent des gens pour illustrer. Comme tu dis, est-ce qu’il y a une peu de bidonnage ? Ça me rappelle un scandale d’un reportage d’une journaliste qui s’était faite passer pour une employée de supermarché pour illustrer son reportage, ou un truc du genre… Je sais plus exactement.

    Ah si, ça me revient, cela n’a aucun rapport en fait mais c’est de ça dont je parlais comme reportage bidon : http://www.leblogtvnews.com/article-temoignage-bidon-sur-tf1-pernaut-va-presenter-des-excuses-lundi-77814352.html

    • Gilles dit :

      Tu as raison car en effet France-2 a diffusé, lors d’un JT de cette semaine, un reportage édifiant sur les SDF. Un journaliste a vécu 24 h de la vie des SDF dans Paris avec une caméra cachée. Même chose également cette semaine avec des photos rendues publiques sur l’état de la prison des Baumettes à Marseille à la suite d’une mission d’inspection.

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