Chronique cinéma 2014-3

Avec cette sélection de 9 films vus en mars, il y a un peu de tout, du très bon et du moins bon. A noter mes deux « coups de coeur » que sont, dans des registres très différents, Zero dark thirty et Le nom des gens. J’ai bien failli y ajouter le récent film de Steven Soderbergh (Effets secondaires) qui méritait presque le 5/5.

Et puis il y a le dernier film de Pedro Almodovar (Les Amants passagers) que je n’ai pas très bien noté et dont je ne sais pas encore trop quoi en penser. J’ai longuement hésité entre 😐 et :-). Avec Almodovar c’est toujours ainsi…

Même si je ne vous le dis pas à chaque fois, n’hésitez pas à réagir à cette chronique pour les films que vous avez vus et à propos desquels vous pouvez avoir des analyses différentes.

Pour mémoire, les chroniques des mois précédents, ainsi que les récapitulatifs 2012  et  2013, sont consultables en suivant ce lien.

La signalétique, sur une échelle de 1 à 5, soit du meilleur au pire :  :-D   :-)   :-|   :-(   :-x

  • Royal affairRoyal affair. 🙂 Nous sommes au Danemark en 1770. Caroline Mathilde de Hanovre vient d’épouser l’héritier du trône, Christian VII. Ce dernier est plutôt instable  psychiquement et n’est donc pas vraiment en mesure de gouverner. Ceci est assuré par un conseil de nobles, lequel maintient le pays sous une chape de plomb alors que nous sommes pourtant dans le siècle des lumières et des idées libérales portées par des philosophes tels que Rousseau ou Voltaire. Deux ex-membres, bannis de la cour, vont tenter de revenir en grâce en suggérant indirectement au Roi de se doter des services d’un médecin personnel en la personne de  Johann Struensee. Ce dernier va rapidement acquérir la confiance du Roi, mais surtout de la Reine Caroline avec laquelle il va partager les idées progressistes qui se développent partout en Europe. Au-delà d’une réelle liaison amoureuse, ils vont être à l’origine de grandes réformes afin de sortir le pays d’un obscurantisme dépassé. Pour qui n’est pas particulièrement attiré par l’histoire de cette époque, ce film pourrait paraître rebutant, sinon n’y voir qu’une romance de plus dans le petit monde des têtes couronnées. En réalité, il n’en est rien. Ceci se déguste comme un thriller politique et, en dépit d’une durée conséquente (2 h 1/4), je n’ai  personnellement jamais trouvé le temps long. Renseignements pris, tout ce qui est dit dans ce film est assez fidèle à la réalité (lire cet article dans Wikipédia). A ceci il faut ajouter un casting d’acteurs impeccables, et en particulier le magistral Mads Mikkelsen dans le rôle de Struensee. On notera également une reconstitution historique soignée avec des décors et des costumes remarquables. Plus d’information sur Allociné.
  • Zero dark thirtyZero dark thirty. 😀 A la suite des attentats du 11 septembre 2001, les services secrets Américains n’ont eu de cesse dans leur traque de Ben Laden, et de son réseau terroriste. Maya est agent de la CIA. Elle vient d’être affectée dans la région, entre Afghanistan et  Pakistan. Avec ses collègues déjà sur place, et l’appui de l’armée, ils vont tenter d’obtenir des renseignements auprès de suspects capturés, en ayant parfois recours à de lourdes séances de torture. L’affaire s’avère très complexe, les terroristes présumés sont méfiants et astucieux, et l’équipe subit de sévères pertes humaines. Parfois le découragement s’empare des enquêteurs. Pour sa part, Maya reste déterminée et elle mène la vie dure à sa hiérarchie afin d’obtenir la poursuite les investigations. C’est grâce à son opiniâtreté que la planque de Ben Laden sera enfin repérée, permettant ainsi une opération commando, laquelle sera engagée le 2 mai 2011. Bien que ce film demeure une fiction, il colle avec une précision assez redoutable aux faits réels, ou supposés, au moins tels qu’ils ont été relatés par un certain nombre d’informations officielles (voir cet article pour mémoire). C’est absolument passionnant de bout en bout. On reste rivé à son siège, et parfois même le souffle coupé. En marge de cette traque, le film ne manque pas d’évoquer, sans détours, les pratiques de l’armée et de la CIA qui ont fait polémique, entre autres à propos de l’usage de la torture. Que ce film ait été nommé pour plusieurs Oscars en 2013 n’est pas étonnant. C’est du grand cinéma d’action. A ne pas manquer lors d’une prochaine rediffusion. Plus d’information sur Allociné mais également dans cet article de Télérama.
  • Les amants passagersLes amants passagers. 😐 Nous sommes dans un avion qui vient de quitter Madrid en direction de Mexico. Tandis que les passagers s’apprêtent à un long voyage, un drame se déroule dans le poste de pilotage où les deux pilotes essaient de trouver une solution à la suite d’une avarie de train d’atterrissage qui les contraint à tourner en rond en attendant mieux. Dans la cabine de la classe affaire, 3 stewards gays et plutôt déjantés font en sorte que le voyage se déroule le mieux possible en dépit d’une issue qui pourrait être fatale. Les passagers concernés sont tout aussi baroques les uns que les autres et cette curieuse assemblée va entrer progressivement dans une sorte d’analyse collective, sans divan ni psychiatre, mais sous l’emprise de cocktail champagne-vodka-mescaline-jus d’orange. Confrontés, l’un comme l’autre, à la sombre perspective de la mort probable, ils livrent petit à petit leurs angoisses, leurs fantasmes et leurs petits et grands secrets. Un film d’Almodovar n’est jamais quelque-chose de banal, et celui-ci l’est encore moins. Avis aux amateurs, mais je vous aurai averti, il faut vraiment s’accrocher. Derrière cette espèce de farce jubilatoire se profile une métaphore baroque sur le sens de la vie, la perspective de la mort, le sexe et bien d’autres choses encore. Almodovar dit avoir voulu centrer son sujet sur la situation économique actuelle et de la sinistrose qui s’empare du peuple. Au final le message est plutôt optimiste en montrant que l’on peut toujours s’en sortir en oubliant un instant d’être égoïste. Pour la forme, on devine que le réalisateur s’est amusé. C’est kitsch et coloré à souhait, c’est un empilement de situations cocasses, des dialogues à la fois drôles et crus, bref c’est délirant mais c’est la marque de fabrique du bonhomme qui affirme une fois de plus son indépendance dans le paysage du cinéma espagnol et international. Au final, « les amants passagers » est très loin d’être son meilleur film. J’ai nettement préféré « La piel que habito », « Parle avec elle », « Volver », « Etreintes brisées », « La mauvaise éducation » ou encore « Talons aiguilles ». Plus d’information sur Allociné.
  • Happiness therapyHappiness therapy. 😐 Pat est psychologiquement fragile, il souffre de trouble bipolaire. Pensant qu’il est en voie de rémission, il est autorisé à quitter l’hôpital psychiatrique dans lequel il vient de passer un long séjour. Ayant tout perdu entre temps (femme, emploi, domicile) il doit retourner vivre chez ses parents, entre une mère possessive et un père fantasque qui ne vit que dans les paris pour les matchs de football. Déterminé à reconquérir son ex-femme, Pat est doté d’un optimisme à toute épreuve, convaincu qu’il n’y a que ceci pour se sortir de sa situation. Lors d’une soirée chez un de ses anciens amis il rencontre Tiffany, une jeune femme qui n’est, elle aussi, pas trop bien dans sa tête. Persuadé qu’elle peut l’aider à renouer avec sa femme, il lui demande de servir d’intermédiaire. Elle finit par accepter en échange d’un autre service. D’une manière générale je ne suis pas très porté par ce genre de comédie typique « à l’Américaine » et celle-ci ne déroge pas à la règle, même si cela se laisse regarder. Ce qui pourrait sauver l’affaire, ce sont les deux acteurs qui incarnent Pat et Tiffany, et qui les rendent ainsi attachants dans leur fragilité psychique. A noter, en guest star, Robert de Niro qui fait son cinéma outrancier dans le rôle du père de Pat. Plus d’information sur Allociné.
  • Le nom des gensLe nom des gens. 😀 Lui, s’appelle banalement Arthur Martin et vit encore chez ses parents, lesquels sont des gens pour qui il est inutile de se confier de quelque manière que ce soit et dont il faut cacher des origines qui pourraient être préjudiciables. Elle, s’appelle Bahia Benmahmoud (à dire avec l’accent) et elle est fière de son nom peu banal. Lui est un quadra un peu coincé spécialiste des épizooties, adepte du « risque zéro » et fan du principe de précaution introduit par son idole, Lionel Jospin. Elle, extravertie, est un pure produit de l’union d’un immigré algérien et d’une bourgeoise soixante-huitarde. Farouchement ancrée dans ses convictions de gauche elle a pour objectif de séduire (et de coucher avec) tout ce qui se présente à condition qu’il/elle soit de droite, facho si possible, et tout ceci dans le but de les convaincre qu’ils font fausse route. Elle tient d’ailleurs une sorte de press-book de ses succès en la matière. Ces deux là vont donc se rencontrer et ce sera l’occasion de mesurer, à la fois tout ce qui peut les opposer, et tout ce qui pourrait aussi les réunir. Sur cette base a priori légère et décalée, Michel Leclerc nous livre un joli film, en forme de fable contemporaine, intelligent et grave dans lequel la politique se mêle avec espièglerie à des sujets plus profonds que sont les origines, l’identité nationale, le racisme, la tolérance, l’égoïsme, etc. etc. Sur un ton très enjoué, et bien servi par deux acteurs épatants que sont Sara Forestier et Jacques Gamblin, ce film est d’un réel humanisme qui nous donne à réfléchir sur notre diversité. Ceci étant, il vaut mieux avoir une sensibilité de gauche pour en apprécier le but avoué car, à l’inverse, il suffit de lire quelques forums pour se rendre compte qu’il a déclenché des polémiques plutôt acerbes de la part des aficionados d’une droite bien franco-française… Plus d’information sur Allociné.
  • Love is all you needLove is all you need. 🙁 Philip est un chef d’entre-prise au caractère rigide. Suite au décès de son épouse, dont il se remet assez mal, il mène une vie plutôt taciturne. Ida est coiffeuse et se sort enfin d’une chimiothérapie. Elle se rend compte que, pendant ce temps, son mari la trompait. Sans se connaître, ces deux là se rendent compte que leurs enfants (le fils de Philip et la fille d’Ida) vont se marier. C’est ainsi qu’ils se retrouvent tous les deux en Italie où vont avoir lieux les noces, dans la propriété que Philip possède dans la région de Naples. Alors que tout semble les séparer, l’ambiance qu’ils trouvent en Italie et leurs solitudes respectives les amènent à se rapprocher petit à petit l’un de l’autre. Ce film Danois est une romance qui n’a absolument aucun intérêt, en dépit de deux acteurs (Pierce Brosnan et Trine Dyrholm) qui font pourtant tout pour être convaincants. Le seul point positif réside dans les superbes décors naturels de l’Italie du sud (région de Sorrente). Plus d’information sur Allociné.
  • Effets secondairesEffets secondaires. 🙂 Emilie est une jeune femme mélancolique. Alors qu’elle vient de retrouver son mari, lequel était emprisonné pour malversations financières, Elle va tenter de mettre fin à ses jours. Admise à l’hôpital, elle est prise en charge par le Docteur Banks, jeune psychiatre ambitieux et novateur. Après avoir pris conseil auprès du précédent thérapeute de la jeune femme, il décide de lui prescrire un tout nouveau traitement, conforté en plus par le fait que la patiente lui a déjà évoqué ce médicament. Peine perdue, Emilie est retrouvée, hébétée, un couteau à la main avec le cadavre de son mari à ses pieds. Bien qu’il n’y ait pas de doute sur le fait qu’elle vient de l’assassiner, elle ne se souvient absolument de rien. Rapidement les soupçons pèsent sur Banks et le traitement qu’il aurait imprudemment prescrit. Lâché par tous (associés, collègues, laboratoires, famille, etc.), sa vie menace de basculer. Il demeure toutefois combatif et, ayant noté des incohérences, se lance à titre personnel dans une contre enquête. Avec ce thriller psychologique tendu, Steven Soderbergh  signe peut-être ici l’un de ses meilleurs films. Au-delà de l’intrigue elle-même, c’est un méchant coup de griffe qui est porté au monde des laboratoires pharmaceutiques et aux collusions qui s’établissent entre eux, le monde de la finance et les médecins. On ne manquera pas d’y noter des accents Hitchcockiens, et en particulier dans la forme du dénouement. Le tout est soutenu par des acteurs talentueux (Rooney Mara, Jude LawCatherine Zeta-Jones, etc.). Plus d’information sur Allociné.
  • 20 ans d'écart20 ans d’écart. 🙂 Alice est une bien jolie jeune femme. Célibataire, à l’aube de la quarantaine, elle est rédactrice dans un magazine féminin. Elle s’investit pleinement dans son travail et vise à décrocher le poste de rédachef. Ceci étant, ses collègues et sa hiérarchie la trouvent bien trop « coincée » pour le job et l’une de ses exubérantes collègues semblerait avoir plus de chance. De retour d’un reportage, son destin croise celui de Balthazar, étudiant en architecture d’à peine 20 ans. Une conjonction de situations fortuites fait qu’elle est aperçue en sa compagnie et, du coup, les langues vont bon train au travail parmi des collègues, très surpris qu’elle ait une relation avec quelqu’un d’aussi jeune. Par conséquent, cela change radicalement la vision que son directeur a d’elle et Alice décide d’exploiter la situation afin de satisfaire ses ambitions professionnelles. Bon, vous l’avez compris, il ne s’agit pas d’une oeuvre monumentale qui sera portée au Panthéon du cinéma Français. Ceci étant, il ne faut pas bouder son plaisir, cette petite comédie romantique bien enlevée est un véritable régal. C’est divertissant, tendre sans être sirupeux, bref on s’amuse et on aime ces deux là. Les acteurs principaux (Virginie Efira et Pierre Niney) sont parfaits. Ils savent être à la fois drôles et attachants sans se prendre la tête ni trop en faire. Au passage, on appréciera le petit coup de griffe jubilatoire qui est porté au petit microcosme « snobinar » d’une certaine presse magazine…;-) Plus d’information sur Allociné.
  • Tête de turcTête de turc. 😐 Nous sommes dans une banlieue que l’on qualifiera de « difficile ». A la suite d’une intervention musclée de la police envers des trafiquants de drogue, les jeunes du quartier répliquent en jetant des pierres, et en particulier sur une voiture qu’ils croient être celle de policiers, car dotée d’un gyrophare. Encouragé par ses camarades, Bora, adolescent d’origine turque, lance un cocktail molotov qui embrase le véhicule. Il s’agissait en fait de celui du médecin urgentiste qui était en intervention dans le quartier. Se rendant peut-être compte de la méprise, Bora va être rapidement pris de remord et il va tenter de dégager le médecin, lequel est tombé dans le coma. Pris pour un héros par les autorités et par une « balance » par les jeunes du quartier, le jeune homme va devoir composer également avec une Mère fière, qui veut s’en sortir, et qui prendrait mal d’apprendre ce qu’à fait son fils mais également qu’il anéantisse ses projets d’intégration en allant se dénoncer. Les choses se compliquent un peu plus lorsqu’on apprend que l’un des policiers dépêchés sur l’affaire est le propre frère du médecin. Sur la base d’un sujet de société intéressant (les banlieues, la violence, l’intégration, etc.) la première partie du film est plutôt bien traitée et convaincante. En dépit de bonnes intentions, Pascal Elbé a voulu bien trop en faire en empilant des sujets tels que le frère policier, l’antagonisme Turquie-Arménie, un secret de famille et je ne sais plus quoi d’autre encore. Il en ressort un film qui perd beaucoup en crédibilité. C’est un peu dommage car il restait quelques moments forts, centrés autour de la problématique du remord de Bora, et de la personnalité de sa Mère courage soucieuse de s’intégrer. Qui plus est les acteurs sont impeccables. Plus d’information sur Allociné.
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