Démission du gouvernement Valls

Montebourg août 2014.pngLes déclarations d’Arnaud Montebourg durant le week-end ne m’ont pas vraiment surpris. En effet, cela faisait déjà longtemps qu’il « cultivait sa différence » en lâchant ici ou là des petites piques qui étaient de nature à servir de poil à gratter pour le gouvernement et pour François Hollande (1). S’agissant de son compère Benoît Hamon, je ne suis pas très surpris non plus. Il n’a jamais caché son positionnement à l’aile gauche du PS. Enfin le cas d’Aurélie Filipetti est un peu différent car il s’agit vraisemblablement d’un ras le bol de la fonction, des attaques dont elle a fait l’objet et peut-être aussi du peu de soutien de la part de ses petits camarades.

Pour en revenir à Arnaud Montebourg, me direz-vous ? Pourquoi l’avoir nommé à un poste clef du gouvernement avec la responsabilité des finances ? Nous ne sommes pas dans les secrets des coulisses de l’Elysée et de Matignon mais il est probable que Hollande et Valls ne pouvaient pas stratégiquement se passer d’une telle figure, qui jouit de plus d’une belle popularité, ce qui n’est pas le cas pour ce qui les concerne. D’autre part, il y avait peut-être aussi un calcul consistant à penser qu’avec ce poste, il y avait de quoi lui donner un bel « os à ronger » et à satisfaire son ego plutôt bien dimensionné. 😉

S’agissant des propos qu’il vient de tenir, force est de dire, pour ma part, que je trouve son analyse assez pertinente. En effet :

  • Quand il qualifie la sacro-sainte règle Européenne de réduction des déficits de « dogmatique » et que « la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique car elle aggrave le chômage, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics, et une sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes qui veulent détruire l’Europe ».
  • De même, quand il appelle à « faire évoluer nos choix politiques dans la zone euro » ou encore qu’il stigmatise l’Allemagne qui est selon lui « prise au piège de la politique austéritaire qu’elle a imposée à toute l’Europe ».

D’au moins cela, je ne suis pas loin de penser comme lui, même si les bonnes âmes ultra libérales Européennes et les économistes distingués, que l’on invite régulièrement sur les plateaux TV, considèrent que tenir de tels propos est sacrilège.

Quitte à me répéter, il me semble que l’économiste Américain reconnu Paul Krugman (2), prix Nobel de surcroît, plaide depuis déjà longtemps pour que face à la crise il ne faut pas se mettre dans les conditions les plus défavorables. Autrement dit, pourquoi ne pas lever un peu le pied sur les déficits, quitte à assumer temporairement un regain d’inflation, afin de relancer la croissance ? C’est ce qu’ont su faire les Américains et les Anglais. Pour reprendre une expression populaire, ne serions-nous donc pas en train de nous « tirer une balle dans le pied » ?

Tout ceci étant dit, les grandes envolées verbales ne suffisent pas pour faire une politique. Il faut en plus se montrer réaliste et proposer des alternatives crédibles qui tiennent compte du contexte. Or le contexte politique actuel est clair.

  • Les forces de gauche, plus ou moins favorables à une inflexion de la politique de Bruxelles en matière économique, celles-ci ont été laminées lors des dernières élections et le rêve de voir arriver Martin Schulz à la présidence de la commission s’est évanoui.
  • Par voie de conséquence il est tout à fait illusoire de vouloir peser de manière significative sur cette politique soutenue par beaucoup d’autres pays de l’Union, y compris par l’Italie ou l’Espagne, même si c’est du bout des lèvres.
  • Par ailleurs, « Hausser le ton » vis à vis de l’Allemagne risque d’être également un combat de Don-Quichotte. L’Allemagne a un pouvoir d’influence très large sur toute l’Europe du Nord et continuera à mettre en priorité ses propres intérêts avant de jouer la solidarité Européenne. Elle en a les moyens, ce qui n’est plus le cas de la France.

En conclusion, je serais tenté de dire que : « Montebourg fait les bonnes analyses mais il propose de solutions inadaptées au contexte ».

Maintenant, il n’en demeure pas moins que sa démarche peut servir de catalyseur pour un certain nombre de personnes de gauche en France, et peut-être même en Europe, et que ce courant de pensée politique puisse prendre consistance. Déjà en France, je suis prêt à parier que des prochains sondages de popularité vont le placer, lui et ses alliés, largement au-dessus de Valls et Hollande réunis.

A suivre…!

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(1) C’était déjà le cas début juillet lors d’un meeting à Bercy.

(2) Lire réflexions de temps de crise et Une autre vision de la crise économique dans lesquels j’évoquais cet économiste.

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