Jusqu’où le MEDEF compte-t-il aller ?

Pierre-GattazEn matière de remise en cause systématique de toute mesure concernant le travail et l’emploi, j’en suis à me demander jusqu’où va aller l’escalade à laquelle Monsieur Pierre Gattaz se prête depuis de nombreux mois ?

Hier encore, voici qu’il demandait à ce que les entreprises puissent licencier sans avoir à en fournir la raison. Ben voyons, plus besoin de se confronter au conseil des prud’hommes ! Il paraît, selon lui, que le fait de devoir se justifier à chaque licenciement serait un frein à l’embauche. Quelle sera la prochaine étape ? Ben… par exemple, dissoudre justement ces tribunaux, pourquoi pas ?

J’imagine que Monsieur Gattaz doit avoir encore plein de bonnes idées dans sa besace ! Pour preuve, après la remise en cause récente de l’assurance chômage, le MEDEF vient récemment de s’en prendre au « compte pénibilité » qu’il juge inapplicable et anxiogène pour les entreprises, et dont il demande l’abrogation pure et simple.

Au travers des déclarations de son Président, le comportement du MEDEF, dans son ensemble, me paraît assez irresponsable. La France est dans une situation économique et sociale difficile et il faudrait justement que l’ensemble des partenaires sociaux se serrent les coudes à la recherche de compromis pour s’en sortir, plutôt que de souffler sans cesse sur les braises, de remettre en cause en permanence les engagements pris et d’inventer sans arrêt de nouveaux prétextes pour justifier que l’embauche ne fonctionne pas. (1)

Pacte de responsabilitéCela a commencé en janvier, au moment de la décision de mise en place du fameux « Pacte de responsabilité ». A peine celui-ci avait-il été annoncé que le MEDEF, dans un grand élan d’enthousiasme et pin’s à la boutonnière 😉 (2), se targuait de créer un millions d’emplois sans tarder. Cela n’a pas duré. Un mois plus tard, à l’occasion d’un voyage de François Hollande aux Etats-Unis, Pierre Gattaz, (qui faisait d’ailleurs partie de la délégation) expliquait, lors d’une interview, qu’il ne se sentait aucunement obligé de respecter les contreparties associées à ce plan.

Tandis que l’on constate aucune amélioration en matière d’embauche, les entreprises expliquent que l’argent du CICE leur permettra en priorité à consolider leurs trésoreries et le MEDEF trouve chaque jour une nouvelle bonne raison pour expliquer l’impossibilité d’embaucher.

Jusqu’où ce petit jeu va-t-il continuer ? Quand le MEDEF va-t-il enfin se retrousser les manches pour aider à sortir le pays de l’ornière et donner quelques gages de responsabilité et de crédibilité, et donc de confiance ? Pour l’instant ceci est assez peu lisible.

Une telle situation est extrêmement dommageable pour le pays et pour les entreprises elles-mêmes. D’une part, de telles déclarations ne peuvent qu’exacerber encore un peu plus les tensions sociales dont le pays se passerait bien. D’autre part, il n’est pas sûr qu’une telle posture ne consiste pas, pour les entreprises, à se tirer une balle dans le pied en projetant ainsi une image négative des entrepreneurs, ce qui pourrait entraîner une perte de confiance des partenaires de toute nature, qu’ils soient sociaux, gouvernementaux ou financiers.

— 0 —

(1) A ce titre le MEDEF ne se démarque guère de tous ces mouvements corporatistes qui fleurissent ces temps-ci et qui n’hésitent pas à descendre dans la rue pour défendre leur petits avantages sans vision d’ensemble. 
(2) On se souvient de cette initiative du MEDEF de faire fabriquer un pin’s annonçant la création d’un millions d’emplois et que Pierre Gattaz arborait fièrement à toutes occasions.
Ce contenu a été publié dans 1-l'humeur du moment, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Jusqu’où le MEDEF compte-t-il aller ?

  1. Gilles dit :

    A la lecture de la presse de cette semaine, je me sens un peu conforté dans mon opinion à propos de Monsieur Gattaz. En effet, d’une part le numéro du 5/12 de Marianne titre en couverture « Pierre Gattaz, l’incendiaire » et l’édito de Matthieu Croissandeau dans l’Obs du 4/12 est titré « Un irresponsable nommé Gattaz ». Il n’y a pas de petit plaisir…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *