Les Grecs reprennent leur destin en mains

drapeau GrecIl y a presque deux ans, j’écrivais sous le titre  « Tragédie Grecque », un article dans lequel je déplorais le traitement que l’Europe et le FMI imposaient à la Grèce et, par voie de conséquence, à son peuple tout entier, ce dernier n’étant pas à mon sens totalement responsable de ce qui arrivait à son pays mais qui devait en revanche en supporter les terribles conséquences. Je redoutais alors que : « le peuple ne se rebiffe et que le pays le paie cher par une insurrection civile incontrôlable. Lorsqu’on accule un animal au point qu’il n’ait plus aucune issue, il va devenir méchant et son instinct de survie va l’amener à un comportement irrationnel et imprévisible. »

J’avoue que j’ai eu de l’empathie pour les Grecs et, si j’avais été parmi eux, j’aurais été profondément humilié de voir débarquer ces délégués des créanciers, que l’on a appelé la « Troïka », s’introduire avec arrogance dans les affaires du pays pour y imposer leur tutelle et dire ce qu’il fallait faire d’un point de vue uniquement financier et comptable et en dehors de toute considération humaine sur ce qu’allait devoir endurer le peuple.

L’austérité imposée au pays a provoqué des drames humains que l’on n’a pas vraiment voulu prendre en compte. Ce pays souffre désormais d’une terrible désorganisation des services publics de base, tels que la santé par exemple, d’une montée faramineuse de la pauvreté, d’actes de désespoirs, d’émigration des forces vives, du dépouillement de ses ressources touristiques et culturelles… et la liste est incommensurable.

Deux ans ont passé et ce que j’imaginais n’a fort heureusement pas eu lieu, Tout du moins, cela ne s’est pas déroulé de la manière dramatique que je redoutais, à savoir une insurrection civile ou un recours à une extrême-droite populiste qui commençait à donner de la voie et à bénéficier d’une certaine écoute auprès du peuple. Non, cette fois-ci les Grecs ont usé de cet outil magnifique, qui a vu le jour dans leur propre pays, et que l’on nomme la « démocratie ». Nous ne pouvons que nous réjouir de cela.

Alexis TsiprasAujourd’hui, certains déplorent l’arrivée d’une force politique d’extrême gauche. Certes, il s’agit d’une coalition assez nettement ancrée à la gauche de la gauche mais qui n’est pas véritablement comparable à ce que pourrait être une coalition à la Française qui pourrait par exemple regrouper pêle-mêle le PCF, le Front de Gauche, le NPA, LO, des écologistes façon Duflot et des frondeurs du PS. A vrai dire, Alexis Tsipras, semble avoir petit à petit adouci sa doctrine pour devenir un interlocuteur crédible face aux instances européennes. Dans l’état actuel, il est certainement plus proche du PS, et en particulièrement de son aile gauche, que d’Olivier Besancenot ou même que de.Jean-Luc Mélanchon.

Il n’empêche qu’il subsiste maintenant deux inconnues qui sont, d’une part dans la cohérence supposée de la coalition qui a donné naissance à Syriza, et d’autre part la nature des alliances qui devront être mises en œuvre pour obtenir une majorité à l’assemblée. A l’heure où j’écris ces lignes, il serait question d’un accord avec un petit parti de la droite souverainiste…

IMG

(C) Canard Enchaîné / Pétillon

Comme un certain nombre d’économistes, que l’Europe du nord n’a pas voulu entendre, je reste convaincu que cette politique d’austérité, de réduction drastique des déficits et de refus de laisser filer un peu l’inflation est mauvaise pour l’Europe. Tout ceci n’a abouti qu’à bloquer la croissance et à faire partir en vrille le chômage et la précarité. Le Nobel Paul Krugmann l’a déjà dit depuis longtemps et le non moins célèbre Thomas Piketty disait lui-même ce matin sur France-Inter « Je pensais en 2012 qu’il aurait fallu un choc de ce type. La cure d’austérité imposée à l’Europe est une catastrophe » et il rajoute qu’il « exprime son espoir que cette élection puisse faire changer l’Europe ».

Depuis les dernières élections, et le changement qui en a résulté à la tête de la Commission Européenne, il semblerait qu’une légère inflexion soit en marche pour comprendre enfin qu’il est nécessaire de redonner un peu de croissance sur la zone euro et mettre un terme à cette tendance déflationniste qui maintient l’euro à un taux trop élevé ce qui n’est pas de nature à améliorer nos capacités d’exportations. Tous les pays qui s’en sortent sont ceux qui ont la maîtrise de leur monnaie et qui n’hésitent pas à en jouer, contrairement à l’Europe qui, jusque-là, s’y est refusée sous l’intransigeance de l’Europe du nord, et de l’Allemagne en particulier. L’annonce récente de la BCE de faire marcher la planche à billets est un signe encourageant mais cela arrive bien tard.

Aujourd’hui même, les tenants de l’austérité (Allemagne, Finlande, Royaume-Uni, etc.) et la BCE ont repoussé par avance toute tentative de reconsidération de la dette Grecque… Autrement dit, nous sommes encore mal partis et le fossé entre les deux Europe (nord et sud) n’est pas prêt de se combler.

Il va être important, durant les prochaines semaines, d’être attentif aux prises de positions qui vont avoir lieu et aux évolutions qui vont se dessiner. Il en dépendra de l’avenir de l’Europe et, à ce titre, les élections d’hier en Grèce se révéleront peut-être comme ayant eu un rôle historique déterminant… ou pas ?

A suivre…!

 

Ce contenu a été publié dans 1-l'humeur du moment, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *