La saison des séries TV

Si les séries TV se déclinent généralement en « saisons », il arrive parfois que ce soit le contraire. 😉 Ainsi, en ce début de printemps, quelques chaînes nous ont proposé plusieurs bonnes séries parmi lesquelles j’en ai retenu 6.

  • House of cards (saison 3)
  • True detective (saison 1)
  • Le bureau des légendes
  • Broadchurch (saison 2)
  • Disparue
  • Les témoins

Trois ont été proposées par Canal+ lequel a mis la barre très haut avec deux grandes séries américaines réputées mais qui a également proposé une création française inédite. Pour sa part le service public de France-Télévisions nous a proposé une nouvelle saison d’une série anglaise qui avait eu beaucoup de succès lors de sa première sortie. Enfin, toujours sur France-Télévisions, deux créations françaises qui sortent un peu du lot.

  • House-of-cards-saison-1House of cards. 😀 😀 Déjà arrivée à la saison-3, cette série est devenue un must depuis sa première diffusion en France, laquelle remonte déjà à août 2013. Le thème central est celui du microcosme politique américain et plus particulièrement de Franck Underwood, un sénateur ambitieux qui n’a qu’une obsession, devenir Président des Etats-Unis et ceci en éliminant sans scrupule tout ce qui va se présenter en travers de son chemin. Son entourage immédiat n’en est pas moins cynique que lui et en particulier son épouse, laquelle le soutient dans son ascension tout en visant sans cesse, pour elle-même,  les plus hautes marches du pouvoir avec le même manque de scrupule que son mari. J’arrête ici le synopsis car j’ai déjà eu l’occasion de parler de cette série dans cet article. Si la saison 2 a marqué un certain essoufflement sur 2 ou 3 épisodes, la fin laissait présager une suite dans laquelle Underwood allait atteindre la magistrature suprême. Cette saison-3 a été passionnante de bout en bout et d’un niveau au moins égal à la première saison. A nouveau, un rebondissement de dernière minute nous laisse encore présager d’une saison-4. Bref, pour conclure, cette série est de loin la meilleure de toutes celles que j’ai pu voir depuis longtemps. C’est indéniablement du haut de gamme et il suffit de se pencher sur le générique pour y voir quelques noms comme David Fincher, Kevin Spacey, Robin Wright ou encore Michael Kelly. Si vous n’avez pas eu la chance de voir cette série, il n’est certainement pas trop tard car il est plus que probable qu’elle fera l’objet de rediffusions, soit sur Canal+ ou NetFlix (1), soit pourquoi pas sur les chaînes de la TNT.
  • true-detectiveTrue detective. 😀 😀 Nous sommes en 1995, au fin fond de la Louisiane, au milieu des marais. Martin Hart et Rust Cohle sont agents de la police d’Etat. En dépit de leurs différences de caractère, ils font équipe ensemble et se complètent plus ou moins. Marty est père de famille et il mène une vie plutôt banale entre son épouse Maggie, ses deux filles, le travail, la boisson et une maîtresse occasionnelle. Pour sa part, Rust Cohle vit seul et, avant d’arriver en Louisiane, il semble avoir eu un parcours plutôt chaotique. Cultivé et taiseux, Rust semble être doué d’un flair remarquable et dit être l’objet de visions éphémères. Un jour, ils sont amenés à enquêter sur le meurtre d’une jeune femme prostituée, retrouvée nue au pied d’un arbre et parée d’éléments sataniques, laissant penser à un meurtre rituel. Contrairement à Hart, Cohle est persuadé que la victime n’est pas la seule et il enquête sur toutes les disparitions passées non élucidées. De fil en aiguille, après une longue et complexe enquête, émaillée de nombreuses pistes, ils finissent par mettre la main sur le meurtrier dans des conditions peu académiques. Dix-sept ans plus tard, ayant tous les deux quitté la police entre temps, ils sont convoqués par deux policiers qui, étant confrontés à un crime de même nature, veulent en savoir plus sur l’enquête que Rust et Marty ont menée en 1995. Hart et Cohle ne se sont jamais revus depuis et sont interrogés séparément. Ceci va les amener à se rencontrer à nouveau et les fantômes du passé resurgissant, sous l’influence de Rust, ils vont se plonger à nouveau, en toute illégalité, dans cette affaire. Voici une série de très haute volée avec un scénario sans faille, taillé au millimètre et dans lequel chaque minute est importante, au point qu’il me paraîtrait utile de revoir la série pour mieux comprendre certains passages. Au-delà du sujet central et de l’enquête des deux policiers, le réalisateur Nic Pizzolatto s’est également attaché à fouiller, avec une précision d’orfèvre, les caractères des deux policiers et à en mettre en exergue ce qui fait leur improbable complicité. Cerise sur le gâteau, tout ceci est  porté par deux acteurs extraordinaires en la personnes de Matthew McConaughey (2) et Woody Harrelson, qui incarnent respectivement Rust et Marty. Enfin, la Louisiane filmée ici est loin des images d’Epinal et ceci contribue largement à l’ambiance plombée, sordide et moite de la quête quasi-obsessionnelle des deux policiers. Comme pour « House of cards », il est probable que cette série apparaîtra d’ici 1 ou 2 ans sur les chaînes de la TNT. En attendant, prenez patience sinon offrez vous, ou faites vous offrir, le DVD… A noter enfin qu’une saison 2 est déjà sur les rails aux US mais elle n’aura visiblement aucun lien avec la saison 1. Les acteurs seront également tous différents, avec Colin Farrell et Vince Vaughn dans les deux rôles principaux, bien que la presse dise que, cette fois-ci, les femmes vont avoir un rôle nettement plus important.
  • LE BUREAU DES LEGENDES - Visuel EditionLe bureau des légendes. 😀 😀 Au sein des services secrets français (DGSE), une unité particulière, appelée le bureau des légendes (BDL), est chargée de suivre les « clandestins », c’est-à-dire ces agents en immersion totale, et parfois pour de longues périodes, dans des pays étrangers. Ils sont souvent chargés d’identifier celles et ceux qui pourraient être un jour recrutés comme source de renseignement. Ils vivent dans ces pays « sous légende » c’est-à-dire sous une identité complète, construite de toute pièce et pas seulement au niveau du nom mais également de tout ce qui peut faire partie de la vie d’un homme ou d’une femme. Parmi eux, Guillaume Debailly, alias « Malotru », est rappelé de Damas où il a vécu 6 ans (officiellement comme prof de Français) afin d’intégrer le BDL à Paris. Fort d’une expérience reconnue, il devient un des membres du staff de direction et se trouve en charge d’organiser des opérations délicates allant de l’exfiltration d’un agent en difficulté en Algérie à la mise sur les rails d’une jeune femme ingénieur en  sismologie comme agent en Iran sur la problématique du nucléaire. Ce que Guillaume n’avait pas prévu, c’est de retrouver Nadia à Paris, laquelle était sa maîtresse à Damas et à laquelle il était très attaché. Ébranle par cette rencontre, Guillaume va avoir du mal à se séparer de sa « légende » et prendre des risques par rapport aux protocoles de sécurité en vigueur. En effet, Nadia, attachée culturelle auprès du régime de Bachar El Assad, sous couvert d’une formation, est en réalité ici pour participer à des négociations avec l’opposition en exil. Cette série franco-française, réalisée par Eric Rochant, est une divine surprise pour la production hexagonale. Voici une série qui peut largement rivaliser avec les meilleures séries américaines. C’est très bien fait, tout le monde s’accorde à dire que c’est très crédible, et le scénario est extrêmement soigné, sans perte de régime, avec un suspens savamment dosé pour que l’on ait toujours envie d’en savoir plus, sans pour autant sombrer dans le spectaculaire inutile ou le rebondissement improbable, comme cela est parfois le cas dans ce genre d’exercice. Le talent reconnu d’Eric Rochant (3) et de ses scénaristes vaut certainement beaucoup dans la qualité de cette fiction mais il a également eu le nez pour mettre en place un casting irréprochable. Autour de Mathieu Kassovitz, excellent dans le rôle de Guillaume Debailly, tous les autres (de Jean-Pierre Darroussin, à Léa Drucker en passant par Gilles Cohen, Sara Giraudeau, Jonathan Zaccaï, Florence Loiret, et plein d’autres moins connus) tous sont parfaits de crédibilité, pas une seule fausse note dans le jeux. Parfois on se demanderait presque si l’on est pas au cœur d’un documentaire au sein du BDL. Bref… vous l’avez compris, nous allons attendre avec impatience une saison-2.
  • BroadchurchBroadchurch. 😀 Tel est le nom de cette paisible localité de la côte sud de l’Angleterre. Quelques milliers d’habitants y vivent a priori sans histoire jusqu’à ce que le jeune Danny Latimer disparaisse, puis soit retrouvé mort au pied des hautes falaises. Dans ce contexte où tout le monde connait tout le monde, cet événement est un traumatisme. Dans un premier temps, la solidarité s’organise vis à vis de la famille de Danny et de ses proches. Conjointement la police locale se met en ordre de marche pour mener l’enquête et le sergent Ellie Miller se rend compte que la direction des opérations a été confiée à l’inspecteur principal Alec Hardy, totalement inconnu à Broadchurch, et dont on ne sait pourquoi il a été détaché pour gérer cette affaire. L’équipe ainsi constituée par Hardy et Miller va ainsi démarrer sur une relation plutôt tendue. Malgré tout, l’enquête va progresser mais au fur et à mesure les pistes se multiplient, personne n’est vraiment « clean » et la suspicion s’installe plus ou moins sur tous les membres de cette petite communauté. Bref, à l’issue de la première saison, grâce à l’opiniâtreté des enquêteurs, le meurtrier va être découvert et ceci va créer une énorme surprise pour tout le monde. La seconde saison qui prend le relais va être en grande partie consacrée à toute la partie judiciaire et le jugement du meurtrier. Ceci étant, Alec et Ellie sont toujours présents et on va mieux comprendre quel est le « secret » de Alec, lequel a eu semble-t-il une autre affaire délicate à régler avant de venir à Broadchurch, affaire dont les conclusions ne le satisfont pas complètement. Légèrement un cran en dessous des 3 séries évoquées précédemment, mais à peine, Broadchurch part d’une histoire tout à fait simple qui évolue progressivement en rendant l’intrigue de plus en plus complexe tout en restant crédible. Par ailleurs, la psychologie de chaque personnage est parfaitement traitée ainsi que celle plus globale de cette petite communauté a priori sans histoire qui est prête à imploser. Rien à dire non plus sur le casting constitué d’acteurs davantage connus en Angleterre qu’en France (4) et qui semblent tous très impliqués dans leur rôle. Ayant vu un reportage sur le making-off de cette série, ceci est peut-être dû au fait que le réalisateur a soigneusement caché, jusqu’au tout dernier moment, les éléments marquants du scénario aux acteurs. De ce fait on comprend peut-être mieux le naturel de leur comportement. Diffusée en France sur France-2, la saison 1 a déjà fait l’objet d’une rediffusion sur France-3. Il me paraît assez probable qu’elle soit diffusée d’ici quelques mois sur d’autres chaînes de France-télévisions.
  • DisparueDisparue. 😀 Ce soir là, à Lyon, Léa fête ses 17 ans et, avec sa cousine Chris, elle va sortir à la fête de la musique. Ses parents, Julien et Florence, lui ont donné pour l’occasion la permission de rentrer à 3 heures, son frère aîné Thomas ayant par ailleurs promis de la raccompagner. Le lendemain matin, Léa n’est toujours pas de retour tandis que sa cousine est bien rentrée à l’heure dite. Le temps passe ses parents essaient en vain de la joindre au téléphone et de contacter par ailleurs ses camarades avec qui elle a pu passer la soirée. Petit à petit la famille et les amis proches se mobilisent tandis que sa mère, Florence, essaie de temporiser, ne serait-ce que pour épargner Zoé, la petite dernière. Au milieu de la matinée, il faut se résoudre à déclarer la disparition à la police. Ce matin là au commissariat, le commandant Bertrand Molina prend son service. Il vient tout juste d’être muté à Lyon et va dorénavant travailler avec la jeune capitaine Camille Guérin. Tous deux prennent en charge l’affaire et, parallèlement aux recherches ils commencent à interroger la famille et l’entourage, ces derniers ayant l’impression que rien n’est fait pour retrouver Léa. Quitte à empiéter sur les prérogatives de la police, Julien se lance lui-même dans sa propre enquête. Du côté de la police, petit à petit les pistes se multiplient et personne n’est tout à fait limpide dans ses explications et son emploi du temps. c’est également l’occasion pour les parents de Léa de découvrir un pan de sa vie qu’ils ne soupçonnaient pas. Voici une série à nouveau franco-française qui se démarque des productions habituelles. Sans rivaliser vraiment avec le « bureau des légendes » elle a en revanche de quoi se comparer à « Broadchurch ». Au-delà du volet purement policier de l’histoire, lequel est  parfaitement traité de manière sobre et crédible, la réalisatrice Charlotte Brandström et ses assistants scénaristes se sont également beaucoup attachés à plonger dans la psychologie et la douleur d’une famille confrontée à une disparition. Sans tomber dans le pathos excessif, certains moments sont poignants et pour cela le casting a visé juste. En particulier Alix Poisson est criante de vérité dans le rôle de Florence. Elle est par ailleurs fort bien entourée par Pierre-François Martin-Laval dans le rôle du Papa et par Laurent Bateau dans le rôle du frère de Julien, sans parler des jeunes acteurs dont la jeune Zoé Marchal (5) dans le rôle de Chris. Cette famille on pourrait un peu s’y reconnaître. Pour sa part, François-Xavier Demaison est remarquable dans le rôle du commandant Molina, parfois complice, parfois en opposition avec son adjointe campée par une Alice Pol d’un naturel éblouissant.
  • LES TEMOINSLes témoins. 🙂 Dans une petite ville du nord de la France, la police locale, et entre autres le capitaine Sandra Winckler, est confrontée à une affaire de trois  tombes profanée dont les récents occupants ont été déposés dans une maison témoin avec une mise en scène particulièrement étudiée. Parmi le décor, Sandra remarque un cadre dans lequel se trouve la photo de Paul Maisonneuve. Ce dernier est une ancienne gloire de la police de Lille qui s’est retiré après la mort accidentelle de son épouse. Sandra connait Paul Maisonneuve pour avoir fait partie de ses stagiaires à l’école de police, stage pendant lequel leurs rapports ont été tendus. Maisonneuve est alerté et il va à nouveau s’impliquer dans cette affaire aux côté de Sandra Winckler, et ceci d’autant plus qu’une profanation de tombes vient de se produire à nouveau avec le même cérémonial et des indices tout aussi troublants visant, entre autres, Paul. Les investigations s’organisent et rapidement plusieurs pistes se font jour, à la fois du côté du passé professionnel de Maisonneuve et d’une éventuelle vengeance d’un prévenu, mais également du côté d’un certain nombre de notables de la région. Même si cette série est un petit cran en dessous de celles que j’ai évoquées ci-avant, elle mérite quand même d’être distinguée de la production « standard » des séries françaises habituelles. Certes, le scénario est parfois un peu alambiqué et manque de crédibilité mais le suspens demeure tout de même. Du côté des interprètes, Marie Dompnier, que je ne connaissais pas jusque-là, tire fort bien son épingle du jeu dans le rôle de Sandra Winckler, à côté et parfois face à un Thierry Lhermitte plutôt bon dans le rôle de Paul Maisonneuve. En conclusion, ce n’est certainement pas la série de l’année mais elle tient fort bien la route par rapport à la concurrence.

Pour terminer, sachez que la fin de l’année devrait nous amener une saison-2 à l’excllente série « Les revenants » sur Canal+. Visiblement les choses ont pas mal traînées puisqu’on parle d’une sortie en automne, soit 2 ans et demi après la saison-1.

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(1) Netflix est le commanditaire de la série « House of Cards ».
(2) J’ai déjà pu apprécier cet excellent acteur dans le très beau film « M.U.D sur les rives du Mississipi », toujours en Louisiane.
(3) Eric Rochant est le réalisateur d’un film que j’avais bien apprécié « Moëbius ».
(4) Malgré tout, il faut noter que le casting de la saison-2 comportait une actrice très connue en France en la personne de Charlotte Rampling.
(5) Zoé Marchal n’est autre que la fille de l’acteur/réalisateur Olivier Marchal.
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