Réflexions de temps de crise

Ainsi donc, François Hollande va s’exprimer ce soir à la télévision. Toutes les radios en parlaient ce matin et la tendance générale était plutôt négative à son encontre, un peu comme aux jeux du cirque dans la Rome antique où tout le monde s’attend à une belle mise à mort.

Le président « normal », comme il se plaisait à le dire lors de la campagne électorale, va peut-être perdre un peu de sa « normalitude » face à l’adversité et aux sondages d’opinion qui ne lui sont guère favorables.

Il est en effet indéniable que les choses ne vont pas particulièrement bien ces temps-ci, et plus particulièrement sur le plan de l’économie et de l’emploi. Il est également vrai que nombre de promesses d’il y a un an ne sont pas tenues (et encore loin de l’être) et que les estimations successives en matière économique se sont révélées fausses, et régulièrement réévaluées. Sur ce dernier point, il faut tout de même noter que, en la matière, les années passées ne nous ont pas démontré la grande fiabilité des institutions de toutes sortes qui se sont risquées à de telles prévisions économiques (agences de notation, OCDE, FMI, etc.).

Enfin, il est incontestable que le temps s’est écoulé de manière significative (bientôt un an) et que le Président et son gouvernement ne peuvent pas indéfiniment se réfugier derrière le bilan de l’équipe précédente, lequel était certes loin d’être bon, mais c’est là le jeu de la politique, l’équipe gagnante doit désormais assumer les responsabilités sans états d’âme.

Faut-il pour cela se déchaîner comme le font l’opposition et les médias alors que la réalité de la crise économique est ce qu’elle est pour la plupart des pays Européens et qu’il est un peu malhonnête de laisser penser qu’il n’y a qu’en France que les choses vont aussi mal. Il n’est en effet pas un seul jour sans que l’on ne nous assène la formule de « mauvais élève de l’Europe ». Chez nos partenaires il y en a pour qui les choses vont effectivement mieux que chez nous dans quelques domaines mais également quelques autres pour lesquels cela ne va pas aussi bien. De ceci il faut aussi parler et arrêter de voir sans cesse « le verre à moitié vide ».

Une étude sociologique récente (une de plus) semblerait conclure au fait que les Français sont les plus pessimistes et les plus démoralisés de tous les pays d’Europe :-(. D’une part, cela me laisse un peu perplexe, à moins que l’étude en question ait exclu quelques pays de son périmètre d’analyse (Je n’ai pas compris que les Grecs soient très optimistes ces temps-ci). D’autre part, est-ce si étonnant que cela ? A force de dire au Français qu’ils sont mauvais, pourquoi regorgeraient-ils d’optimisme et pourquoi auraient-ils un moral d’acier ? Modulons toutefois le diagnostic. En effet, ce matin même, on annonçait également que le taux de fécondité était toujours en France l’un des plus élevés d’Europe, et ceci en dépit des circonstances économiques défavorables. La preuve, s’il fallait en fournir une, que les Français ont encore une certaine confiance en l’avenir. 😉

Dans un tel contexte, je suis assez dubitatif devant la démarche qui semble être la règle que l’administration Européenne s’impose et que l’Allemagne relaie, drapée dans l’égoïsme du bon élève de la classe qui toise avec mépris ses petits camarades.

Je ne suis pas très au fait en économie mais il me semble que l’empilement successif de mesures d’austérité ne peut conduire qu’à une dégradation de l’emploi, qu’à une baisse du pouvoir d’achat et donc qu’à une baisse de la croissance, et ainsi de suite. Serions-nous donc dans un cycle d’auto-alimentation de la crise ?

Comme l’expriment quelques économistes compétents (tels que Paul Krugman, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans un précédent article), pourquoi se mettre dans les conditions les plus défavorables pour faire face à une telle situation ? Autrement dit, pourquoi ne pas lever un peu le pied sur les déficits, quitte à assumer temporairement un regain d’inflation, afin de relancer la croissance ? Pour reprendre une expression populaire, ne serions-nous donc pas en train de nous « tirer une balle dans le pied » ?

Positivons quand même un peu. Comme le disait un de mes proches, « il n’y a pas de tant-pis sans tant-mieux ». En effet, le fait de mettre l’accent sur la réduction des déficits, et donc la nécessité de réaliser des économies dans certains domaines, est un révélateur qui permet de se questionner utilement sur quelques pistes de progrès auxquelles nous ne nous serions peut-être pas intéressés en d’autres circonstances. A quelque chose malheur est bon, c’est vrai, mais faut-il pour cela tout sacrifier coûte que coûte avec une démarche uniquement comptable et mettre en péril, par exemple, des pans entiers du service public que beaucoup honnissent et brocardent à volonté, mais qui n’hésitent pas par ailleurs à en profiter quand cela les arrange (santé, éducation, sécurité, justice, transports, infrastructures, etc.). Le recours à la privatisation n’est pas la solution à tout, le secteur privé ne pourra s’intéresser qu’à ce qui présentera un certain niveau de rentabilité.

A priori, un consensus semble toutefois exister à propos des causes premières de cette situation difficile. En effet, beaucoup de politiques et d’experts reconnaissent que la grave crise financière de 2007 en est le point de départ. Les banques et les bourses sont donc en grande partie responsables de cette situation, ce sont elles qui ont appelé à l’aide auprès des états et, en guise de gratitude, ce sont les mêmes qui, au travers des agences de notations et autres organismes occultes qu’ils pilotent en sous-main, exercent une pression sur les états et les mettent en demeure de faire peser des efforts, parfois drastiques, sur leurs populations afin de rétablir une situation dont ils ont en fait été la cause.

De même, des années de « laisser-aller » ont amené des pays comme la France à perdre peu à peu leurs atouts industriels, comme plus de 10 ans de Thatchérisme l’ont fait au Royaume Uni, chose que l’Allemagne a su éviter, mais que 15 années de politique pseudo-libérale en France ont au contraire amplifié. On a cru qu’il valait mieux produire des services plutôt que des produits industriels, et de surcroît les industriels eux-mêmes ont parfois fait des choix stratégiques calamiteux (c’est en particulier le cas pour l’industrie automobile).

Dans un tel contexte, faut-il alors faire entièrement « porter le chapeau » au gouvernement actuel et au Président de la République en début de mandat ? Oui, dans une certaine mesure car il est de leur devoir de trouver des solutions courageuses et c’est en effet là que le bât blesse et que Hollande et son équipe doivent montrer davantage de détermination et d’efficacité. Mais par ailleurs, pourquoi faudrait-il que cette nouvelle équipe puisse tout résoudre en un coup de baguette magique en moins d’un an… Que diable, un peu moins d’impatience !

De son côté, l’opposition, qui est certes dans son rôle, n’a fait jusque-là que s’opposer sans rien proposer, plus préoccupée semble-t-il par ses divisions internes, les affaires qui se multiplient et une concurrence de plus en plus forte du FN. Dans la situation actuelle, laquelle n’est pas très différente de celle qu’ils ont connue lorsqu’ils étaient au pouvoir, que feraient-ils exactement ? Il est facile de critiquer encore faut-il avoir des contre-propositions crédibles. Les récents propos de Valérie Pécresse vont un peu dans ce sens, il était temps, reconnaissons lui au moins cette lucidité.

Voilà pour aujourd’hui. En espérant ne pas vous avoir trop ennuyé avec mes réflexions de temps de crise. Gardez le moral ! « demain sera un autre jour ». 😀

 

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Une réponse à Réflexions de temps de crise

  1. Antoine dit :

    Pour ce qui est de la « morositude » ambiante, en effet, moi je trouve que c’est vrai. Tout le monde est un peu tristoune, et il faut reconnaître que la période n’est pas très « fun »…

    Même si tout va bien (c’est mon cas par exemple, pas de quoi se plaindre…), ben le climat ambiant est quand même un peu déprimant, faut le dire.

    Je pense que les médias y sont aussi pour qque chose, à nous rabattre les oreilles, dès qu’on allume TV ou radio avec « c’est la crise », « tout va mal », « on est nuls », etc… c’est démoralisant. Pas une bonne nouvelle. Jamais. Sauf si on considère que Beckham ait été recruté au PSG soit une bonne nouvelle… c’est pas vraiment mon cas ! 😉

    Bref, comme tu dis, il faudrait positiver. Mais faudrait que tout le monde le fasse, y compris les médias, les politiques, etc. Çà redonnerait la pêche pour que tout le monde avance avec le moral ! C’est la meilleure chance qu’on ait pour sortir de la crise rapidement. Ou du moins que ça passe mieux en attendant… mais en effet on peut pas dire que nos instances dirigeantes arrivent à nous « redonner de l’espoir » ou le moral, là c’est plutôt raté !

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