Europe et populisme

Drapeau EuropéenDepuis quelques semaines, les sondages se multiplient à propos des élections Européennes, lesquelles vont se dérouler le 25 mai prochain.

Les premières estimations effectuées en février ou en mars, plaçaient l’UMP en tête avec un score de 22 à 24 %, suivi du FN avec environ 20 %, le PS n’arrivant qu’en troisième position avec 18%.

Sondage CSA élections Européennes 2014

Récemment, le classement a été un peu chamboulé car la plupart des sondeurs s’accordent désormais à placer le FN en tête avec 24%, devançant de 2 points l’UMP, le PS étant toujours en troisième position avec 20%.

Il convient toutefois de noter que ces mêmes sondages montrent que seulement un tiers des personnes interrogées disent être sûres d’aller voter. En conséquence, ces chiffres sont encore sujets à caution (1).

Cette montée spectaculaire du Front National a de quoi faire réfléchir, mais également s’inquiéter, et ceci d’autant plus que des sondages menés récemment dans beaucoup de pays d’Europe montrent des tendances en tous points similaires. Il suffit en effet de regarder ce qu’il se passe en Italie, en Hongrie, en Grèce, aux Pays-Bas, en Suède, en Finlande au Royaume-Uni, etc. pour se convaincre que les mouvements populistes sont de plus en plus présents et commencent à réaliser des scores qui ne sont plus du domaine de l’anecdotique (2).

Lorsqu’on analyse les revendications de ces différents mouvements politiques, on retrouve toujours, bien évidemment, le thème récurrent de l’immigration mais également, et de plus en plus, celui de la souveraineté nationale avec, parfois même, la demande d’abandon de la monnaie unique. En bref, c’est le renfermement sur soi-même qui semble être la ligne de conduite.

Tout ceci se concrétise d’autant plus que, par ailleurs, se développe une défiance de plus en plus importante à l’égard d’une gouvernance qui ne ferait qu’imposer toujours plus de contraintes dont le résultat serait de créer encore davantage la récession et le chômage. Ce sont aussi les agences de notation, le FMI et plus globalement la finance internationale et les grands lobbys industriels qui sont visés, la Commission Européenne étant suspectée d’être trop bienveillante à leur égard. Enfin, dans la foulée, le « bon élève » Allemand est également pointé du doigt, celui-ci étant souvent considéré comme un peu trop arrogant, voire égoïste.

En France, le Front National est sans aucun doute le leader incontesté de ce mouvement anti-Européen. Toutefois, il serait faux de prétendre qu’il est le seul à promouvoir de telles idées. En dehors de mouvements comme Debout la République, ou de partis d’extrême gauche, on peut noter que quelques individualités commencent aussi à se faire entendre, aussi bien à droite dans les rangs de l’UMP (3), qu’à gauche dans ceux du PS.

Faut-il pour autant parler de populisme, sachant que la définition de ce terme reste encore floue ? Oui, certainement, dans la mesure où tout ceci vise bien souvent à monter le peuple contre les élites et plus largement contre tous ceux qui gouvernent. Il convient toutefois de ne pas mettre systématiquement tout le monde dans le même sac et de bien distinguer ceux qui ne font qu’exprimer des critiques à l’égard de la gouvernance actuelle de ceux qui ratissent plus large, et dont le fonds de commerce est fait de nationalisme, de xénophobie ou de racisme.

Face à cette évolution, si cela doit donner à réfléchir, il me semble que les dirigeants des instances Européennes n’en sont pas exempts. En effet, la commission de Bruxelles, par sa politique mondialiste ultra-libérale, et par les injonctions qu’elle ne cesse de délivrer régulièrement, ne fait qu’exacerber les mécontentements et en particulier dans les couches populaires qui, semble-t-il, constituent une large part de l’électorat de ces forces politiques populistes, quels qu’en soient les pays. Les citoyens de ces pays en difficulté finissent par en avoir assez de s’entendre qualifier sans arrêt de « mauvais élèves de l’Europe » par un exécutif Bruxellois qu’ils considèrent souvent comme coupé des réalités.

En juin dernier, lorsque le Président de la Commission Européenne avait vivement critiqué la France à propos de l’exception culturelle, Arnaud Montebourg avait assez bien résumé la situation en accusant Monsieur Barosso d’être « le carburant du Front National ». Même si la formule avait eu de quoi choquer les milieux diplomatiques, elle n’était pas totalement dénuée d’un certain réalisme. En effet, tant que l’Europe continuera à être ainsi dirigée, il ne faudra pas se demander pourquoi les extrêmes prennent de plus en plus de place.

Il est temps que l’administration Européenne revienne aux fondamentaux qu’elle n’aurait jamais dû oublier et qui consistent à considérer que l’Europe n’est pas que de la finance et du libre-échange débridé mais qu’il s’agit avant tout d’un ensemble de peuples constitués d’hommes et de femmes dont les souffrances ne sont pas à considérer comme de simples effets collatéraux. Une méthode de gouvernement qui consisterait à désespérer son peuple ne peut que se retourner contre ses auteurs.

Mais, me direz-vous ? Mon discours ne commencerait-il pas à prendre un tour un peu populiste ?  😉 Et oui, c’est bien là que se situe le danger. A force d’entendre cette petite musique, on risque de se laisser peu à peu imprégner par ces idéologies qui ne mènent qu’au repli sur nous-mêmes.

Nous n’avons absolument rien à gagner en nous retirant de l’Europe et il faut parfois savoir regarder en arrière et analyser objectivement tout ce que l’Union Européenne a pu aussi nous apporter et cesser de ne voir que le verre à moitié vide.

Elections européennesEn conclusion, le vote qui nous est offert à la fin du mois est très important.

Si chacun est parfaitement libre de voter pour celui ou celle qu’il considère comme le plus proche de ses idées, il reste la très grande majorité de ceux qui considèrent que cela ne servira à rien d’aller voter. Il faut savoir que c’est justement cette abstention qui peut, hélas, contribuer largement à donner encore plus d’importance aux extrêmes populistes.

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(1) L’alchimie électorale fait que la transposition en nombre de sièges ne suit pas une règle de proportionnalité et que les deux principaux groupes (S&D à gauche et PPE à droite) resteront majoritaires. Toutefois, il n’est pas totalement exclu que les anti-européens puissent constituer un groupe à l’assemblée. 
(2) En dehors du strict périmètre de l’Europe politique, on ne peut pas non plus occulter ce qu’il vient de se passer récemment en Suisse où les électeurs se sont clairement prononcés pour des mesures de contrôle migratoire, y compris à l’égard des membres de l’UE.
(3) Pour preuve ce manifeste signé par 39 députés UMP, à la tête desquels on trouve des « pointures » du parti tels que Laurent Wauquier ou Henri Guaino.
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