Petite immersion dans le roman policier suédois

Après avoir écrit de nombreuses chroniques dédiées au cinéma, j’ai un peu délaissé le septième art pour me consacrer davantage à la lecture. C’est ainsi que j’ai entamé, depuis un peu plus d’un an, une série d’articles destinés à vous faire part de mes « notes de lecture ».

Après vous avoir parlé de deux très bons romans espagnols de Victor del Arbol et Carlos Ruiz Zafón, mes notes de lecture de l’été 2017 concernaient des auteurs français avec Bernard Minier, Michel Bussi et Guillaume Musso. Enfin, plus récemment, une nouvelle chronique était largement consacrée à la romancière suédoise Camilla Läckberg mais également à Harlan Coben et à nouveau à Michel Bussi et Bernard Minier.

Aujourd’hui, je vous propose une immersion totale dans la littérature septentrionale. Ainsi nous retrouverons la romancière suédoise Camilla Läckberg mais également trois de ses consoeurs avec Viveca Sten, Asa Larsson et Camilla Grebe.

Enfin, pour rester dans la littérature suédoise je vous dirai aussi ce que j’ai pensé de l’opus 5 de la saga Millenium.

  • Le dompteur de Lions de Camilla Läckberg. Par une froide matinée à Fjällbacka, une jeune fille surgit de nulle part, se fait percuter par une voiture et meurt peu après. Il s’agit de Victoria dont la disparition mystérieuse remonte à quelques mois. Des indices troublants sont relevés sur le corps montrant que la victime a eu la langue tranchée, les tympans percés et les yeux arrachés, laissant penser à un rituel de torture. Patrick Hedström et son équipe font assez rapidement le lien avec d’autres disparitions qui pourraient être le fait d’un seul et même bourreau. Parallèlement, Erica Falck s’est lancée dans l’écriture d’un nouveau livre dans lequel elle a choisi d’élucider l’histoire d’une femme qui purge une peine de prison depuis trente ans pour avoir tué son mari, lequel maltraitait l’un de ses enfants sans qu’elle ne s’y soit vraiment opposée.
    Peut-être est-ce un effet de saturation mais la lecture de ce 9ème opus des aventures d’Erica Falck et de Patrick Hedström ne m’a pas du tout convaincu. Avec ce roman nous nous retrouvons une fois de plus coincés entre, d’un côté une actualité sordide associée à l’exhumation d’une événement passé qui ne l’est pas moins, et d’un autre côté avec la vie quotidienne de la famille Falck-Hedström qui commence à sérieusement nous agacer avec leur progéniture et leur famille en général. Et encore je passe sur celle de leurs collègues dont certains deviennent de plus en plus caricaturaux. Bref, on dirait que l’auteure finit par s’en rendre compte, alors pour terminer en beauté, voici qu’elle nous concocte une issue rocambolesque où toutes les histoires se mêlent sans aucun souci de cohérence. Bref, vous l’avez compris, ce n’est pas le meilleur roman de Camilla Läckberg et de loin. Nous sommes bien loin du « tailleur de pierres » de « L’enfant allemand » ou du « prédicateur ».
  • La reine de la baltique de Viveca Sten. Nora Linde, jeune avocate d’affaires, et sa famille passent régulièrement leurs week end et leurs vacances sur l’île de Sandhamn dans l’archipel au large de Stockholm. Dans ce petit microcosme où tout le monde connaît plus ou moins tout le monde, un événement vient troubler la quiétude des habitants. En effet, on vient de retrouver le corps d’un homme sur une plage. L’inspecteur Thomas Andreasson, originaire des lieux et ami d’enfance de Nora, est chargé de l’enquête et va devoir déterminer s’il s’agit d’une noyade accidentelle, d’un suicide ou… d’un meurtre. L’affaire aurait pu tourner court si une jeune femme n’avait pas été trouvée morte quelques jours plus tard dans sa chambre d’hôtel. Y aurait-il un lien entre les deux affaires ? Sans l’avoir vraiment sollicitée, Thomas Andreasson va recevoir l’aide de son amie Nora, laquelle fait preuve de perspicacité et d’obstination.
    Disons que c’est agréable à lire, que ça coule bien, que les personnages sont attachants et que l’intrigue est pas trop mal construite et assez plausible. Sinon, on peut également dire que cela ressemble beaucoup à du copié-collé de ce qu’on a lu de Camilla Läckberg, même construction autour d’un gentil policier et d’une gentille nana qui a tendance à s’immiscer un peu trop dans la résolution de l’affaire. Bref, c’est le binôme Andreasson-Linde versus Falck-Hedström et il semblerait bien que les autres livres de cette auteure soient du même tonneau, alors… on réfléchira avant d’aller plus loin.
  • Horreur boréale de Asa Larsson. Nous sommes à Kiruna, ville minière de ces contrées de Laponie où le soleil ne se lève pas en hiver et ne se couche pas en été. Dans cette ville froide et grise une église méthodiste, dite de « la force originelle », a largement développé son influence spirituelle auprès de la population, d’autant plus que l’un de ses plus emblématiques fidèles, Victor Strangård, serait revenu d’entre les morts après un terrible accident. On va le retrouver assassiné et sauvagement mutilé dans l’église elle-même. La sœur de VictorSanna est une personne fragile, rejetée par ses parents, et qui élève tant bien que mal ses deux filles. Il semblerait que ce soit elle qui ait vu Victor vivant pour la dernière fois et elle se trouve de fait soupçonnée du meurtre. Face à des policiers peu convaincus mais avec un procureur qui veut boucler l’affaire au plus vite sans aller chercher plus loin, Sanna appelle son amie d’enfance Rebecka Martinsson (avocate fiscaliste à Stockholm) afin qu’elle vienne l’aider à prouver son innocence. Rebecka se rend donc à Kiruna pour prendre les choses en main mais elle replonge dans un passé douloureux où elle a eu elle-même affaire à l’église de la force originelle et à ses pasteurs peu recommandables.
    L’histoire n’est pas si mal ficelée que cela et l’ambiance polaire donne à ce thriller un caractère angoissant à l’atmosphère pesante. On se laisse emporter dans cette histoire complexe. Hélas, l’écriture n’est pas très fluide et la lecture est souvent laborieuse avec des intrigues et des péripéties parfois un peu confuses. dommage…! A noter que les autres romans de Asa Larsson mettent toujours en scène la même héroïne Rebecka Martinsson dans le rôle de celle qui dénoue les intrigues.
  • Le journal de ma disparition de Camilla Grebe. Nous sommes dans la petite ville suédoise de Ormberg, petite cité déshéritée au milieu de la forêt, où la population est majoritairement au chômage. Les jeunes gens y font ce qu’il peuvent pour se distraire, l’alcool aidant à faire oublier. Un soir de beuverie, la jeune Malin et ses copains découvrent dans la forêt le squelette à moitié enterré d’une petite fille qui n’a jamais pu être identifiée et pour laquelle aucun signalement de disparition n’a été émis. Huit ans plus tard, à Stockholm, la police décide de reprendre les affaires ainsi classées sans suite et s’associe les services de Hanne, une profileuse réputée, et de Peter Lindgren son compagnon dans la vie. Malin, qui entre temps est entrée dans la police, va faire partie de l’équipe pour sa connaissance de la ville et de ses habitants. L’équipe est sur place et commence ses investigations quand, du jour au lendemain, Peter et Hanne disparaissent. Jake est un adolescent solitaire, perturbé par la mort de sa mère et mal à l’aise entre un père alcoolique et au chômage et une grande sœur peu présente. Il se plait à errer dans la forêt, vêtu des vêtements de sa mère, et découvre un soir Hanne, blessée et hagarde. Une automobiliste la croise et le signale à la police. Jake s’éclipse mais il récupère un carnet que Hanne a laissé tomber. Celle-ci semble souffrir d’une maladie qui fait qu’elle perd la mémoire immédiate des faits et note donc absolument tout dans ce fameux carnet. Alors que Jake découvre, sans le dire à personne, à la fois la vie secrète de Hanne et les péripéties de l’enquête, une femme vient d’être tuée au même endroit que la petite fille 20 ans plus tôt. Les soupçons commencent à se faire jour parmi la population et se tournent souvent vers le centre qui avait été mis à disposition pour les migrants qui fuyaient à l’époque la guerre de Bosnie.
    Voici un livre qui m’a passionné de bout en bout et qui contient à la fois les ingrédients d’un thriller au sens classique, que ceux d’une misère sociale dans une Suède qui nous paraît assez loin du modèle auquel on voudrait bien nous faire croire. L’intrigue est sans cesse maintenue sans déraper dans l’excès, et le tout est soutenu par une écriture très fluide selon un schéma original où les narrateurs sont alternativement Jake et Malin puis Jake et Hanna. Dans ce livre, tout est parfaitement décrit avec un précision remarquable qui fait que l’on « s’y croirait » presque, que ce soit pour les paysages, la météo, ou encore pour la crise sociale et la xénophobie ambiante, etc. Un très bon livre et il paraît que le précédent, « un cri sous la glace », est également très bien.

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Tant que nous sommes dans le bain du polar à la suédoise, parlons un peu de la trilogie Millenium de l’écrivain Stieg Larsson, une série qui a eu un immense succès durant les années 2005 à 2007.

Pour ma part j’ai beaucoup aimé ces trois romans et je me suis petit à petit attaché à ses héros et en particulier à Lisbeth Salander et à Mikael Blomkvist. Si vous n’avez pas lu ces livres là, je vous conseille vivement de le faire. Les intrigues sont toujours très bien menées, les péripéties surprennent sans perdre pour cela en crédibilité, l’écriture est fluide et on a toujours envie d’en savoir plus. Je ne vous livre pas ici le synopsis d’amorce de chacun de ces romans car vous les trouverez très bien décrits sur internet, que ce soit comme il se doit dans Wikipédia que dans bien d’autres médias, et entre autres dans le très bon site Babelio.

Après le décès brutal de Stieg Larsson en 2004, la série aurait pu s’arrêter là si une autre écrivain, David Lagercrantz, ne s’était pas proposé pour donner une suite à la saga. Si cela devait être une pure création (inspirée…!) de la part de Lagercrantz, il semblerait qu’il se soit toutefois approprié quelques éléments d’histoires que Larsson envisageait d’écrire. Il est possible d’ailleurs que cette reprise de la série ait été faite avec l’assentiment de la famille de Stieg Larsson.

Lorsque j’ai lu Millenium-4, j’avoue franchement que je me suis très rapidement retrouvé dans l’ambiance des 3 précédents romans, au point qu’il ne m’est pas venu à l’idée que l’auteur avait changé entre temps. Ce n’est qu’à partir du milieu de l’histoire que j’ai commencé à ressentir une sorte de flottement, comme si l’histoire était suspendue à un fil dont on ignorerait d’où il vient et où il veut aller. J’ai eu un peu l’impression que, pour retomber sur ses pieds, l’auteur se mettait à faire des contorsions en introduisant des péripéties de plus en plus rocambolesques et en perdant ainsi en crédibilité et en cohérence dans l’intrigue.

C’est donc avec un peu d’appréhension que j’ai abordé récemment Millenium-5 dont le sous-titre est « la fille qui rendait coup pour coup« . Curieusement, je suis entré dans l’histoire sans difficulté et je n’ai pas eu du tout la même impression qu’avec l’opus précédent. Ici, après les embrouilles entre Lisbeth et sa sœur jumelle Camilla que j’on avait laborieusement suivies dans le tome 4, David Lagercrantz nous ramène à la jeunesse de Lisbeth, aux mauvais traitements dont elle a fait l’objet. On va y retrouver, entre autres, Holger Palmgren le tuteur qui a toujours cru en elle et qui l’a sans cesse protégée. Petit à petit, on va plonger dans une sombre affaire de recherches génétiques, qui ne sont pas sans rappeler celles qui ont été menées en d’autres temps sur l »eugénisme. En conclusion, ce 5ème roman est un bon cru sans toutefois atteindre le niveau des 3 premiers, mais je ne suis peut-être pas objectif car, en littérature comme avec le cinéma, on a toujours du mal à maintenir le même enthousiasme lorsque les éléments d’une série s’empilent ainsi.

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Post scriptum. Il semblerait que la marque de fabrique des auteurs suédois serait de créer des séries dans lesquelles on retrouve plus ou moins systématiquement les mêmes héros. En y réfléchissant, de tous les auteurs dont je viens de vous parler, tous ont adopté ce principe. Je ne suis pas spécifiquement contre ce genre de romans mais il arrive parfois que cela soit un peu lassant.

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