Chronique cinéma 2014-4

Cette nouvelle sélection de 9 films s’avère finalement plutôt équilibrée :

  • trois films, sur trois sujets vraiment très différents, m’ont véritablement enthousiasmé et feront partie de ceux que je conseillerai sans réserve à mon entourage. 😀
  • trois se situent tout simplement dans la moyenne car, à l’exception de l’un d’entre-eux, ils m’ont plutôt laissé indifférent. 😐
  • enfin trois autres ne m’ont pas du tout plu, dont deux plus particulièrement pour lesquels je n’ai pu aller jusqu’au bout :-x.

Pour mémoire, vous pouvez consulter les chroniques des mois précédents en suivant ce lien. Vous y trouverez également les récapitulatifs des années  2012 et 2013.

  • La chasseLa chasse. 😀 Au fin fond de la campagne Danoise, Lucas se reconstruit progressivement après son divorce et il tente de maintenir, tant bien que mal, le contact avec son fils adolescent. Il travaille pour le compte d’une école maternelle où il est semble-t-il apprécié, aussi bien par les enfants que par ses collègues. Il va en être tout autrement lorsqu’une petite fille l’accuse d’avoir eu avec elle des gestes déplacés. Aussitôt sa vie bascule et, même en l’absence de preuves, la plupart de ses amis et de ses collègues se détournent de lui. Bien que la police l’ait totalement innocenté, et ait identifié le mensonge de la petite fille (ce qu’elle a d’ailleurs reconnu) la traque continue sur le principe simpliste du « il n’y a pas de fumée sans feu ». La vie de Lucas devient un véritable enfer, allant jusqu’au lynchage physique. Ce film est d’une rare intensité et vous laisse la poitrine écrasée et la gorge serrée. Il montre, de manière violente, comment la rumeur peut atteindre des sommets d’irrationalité (1). Le drame en est d’autant plus accentué que tout ceci se déroule dans l’univers d’une campagne grise et froide, dans un petit village où les habitants vivent plus ou moins en cercle fermé et parfois de manière assez rustre. Le rôle de Lucas y est magistralement tenu par un Mads Mikkelsen (2) tout en retenue et qui donne tellement d’âme à son personnage que l’on finirait presque par en oublier qu’il n’en est que l’interprète. A noter qu’il a obtenu, pour ce rôle, un prix d’interprétation à Cannes en 2012. Plus d’information sur Allociné.
  • La couleur des sentimentsLa couleur des sentiments. 🙁 Nous sommes dans les années 60 aux Etats-Unis. A la fin de ses études de journalisme, Skeeter revient dans sa ville natale du Mississipi. Elle redécouvre, un peu surprise, la société aisée dont elle fait partie, laquelle s’appuie sans états d’âme sur une domesticité constituée exclusivement de noirs. Ces derniers ne sont pas aussi éloignés que ça des situations d’esclavage qui prévalaient autrefois dans ces régions du sud. De plus, Skeeter apprend que celle qui l’avait élevée, et à laquelle elle était très attachée, avait été congédiée brutalement du fait de son manque d’efficacité dû à son âge. La jeune femme décide alors d’écrire un livre sur la condition de ces femmes noires opprimées. A contre courant de son entourage, elle va prendre secrètement contact avec trois d’entre-elles. Le sujet aurait pu donner lieu à une intéressante analyse sociologique de cette Amérique des années 60, laquelle était encore loin d’avoir intégré ses populations de couleur. Au lieu de cela nous n’avons eu droit qu’à un vague mélo à la sauce Hollywoodienne, tartiné de bons sentiments et où tout n’est que caricature grossière. Les gentils sont tous très gentils, les méchants sont tous très méchants, les jeunes femmes blanches font preuve d’une futilité affligeante, et on va finir par nous demander de sortir nos mouchoirs. Décidément ce film ne présente pas le moindre intérêt. Plus d’information sur Allociné.
  • Comme un hommeComme un homme. 😐 Louis et Greg sont deux copains dans le lycée, dirigé par le propre père de Louis. Après avoir agressé physiquement Camille, son professeur d’Anglais, Greg est menacé d’expulsion. Pour se venger il décide de la kidnapper et Louis devient complice en fournissant les clefs d’un cabanon familial, isolé dans le marais. Après avoir sévèrement malmené Camille, Greg décide de la libérer et donne rendez-vous à Louis pour le faire. Louis se tient prêt à l’heure dite mais Greg ne vient pas. En effet, il vient d’être victime d’un accident de la route qui le laisse dans le coma. Louis va devoir désormais assumer seul le rapt. Ce film est une adaptation d’un roman de Boileau-Narcejac (L’âge bête) et tous les ingrédients de départ étaient a priori réunis pour réaliser un bon thriller psychologique. Hélas, tout ceci est bien décevant au final et le jeune Emile Berling (le fils à son père, aussi bien dans la vie que dans le film) ne m’a pas du tout convaincu. J’ai trouvé son jeu fade et emprunté. Quand à Charles Berling lui-même (interprète du père de Louis), il n’en est pas plus convaincant. Tout sonne un peu faux dans ce film. Le réalisateur est Safy Nebbou que j’avais trouvé bien mieux inspiré dans « L’empreinte » que j’avais évoqué dans cette chronique de mai 2013. Plus d’information sur Allociné.
  • L'écume des jours-bisL’écume des jours. 😡 Adapté du célèbre roman de Boris Vian, C’est dans cet univers à la fois poétique, irréel et parfois même un peu « foutraque » (ce qui est la marque de Vian) que se déroule cette belle et tragique histoire d’amour entre Colin et Chloé. Colin est un jeune homme plutôt oisif, tout en restant très actif et sans cesse à la recherche de nouvelles inventions, toutes plus originales les unes que les autres. Il rencontre Chloé dans une soirée baignée par je jazz et c’est le coup de foudre. après un mariage mené tambour battant, les choses tournent mal lorsque Chloé apprend qu’elle est malade et qu’un nénuphar pousse petit à petit dans son poumon. Colin va devoir travailler pour faire soigner Chloé et il ne trouvera pas l’appui qu’il pouvait espérer de ses deux fidèles amis que sont Chick (admirateur du philosophe Jean-Sol Partre) et Nicolas son homme à tout faire. De l’univers décalé de Boris Vian, et plus particulièrement de ce roman mythique qui a enchanté plusieurs générations de jeunes gens, Michel Gondry en a fait une oeuvre on ne peut plus déroutante, même s’il s’est attaché à coller au plus près au roman. C’est dans la forme que le film est, à mon avis, très critiquable. A force d’effets spéciaux qui s’enchaînent à un rythme frénétique, il a fini par me lasser au point de m’amener à jeter l’éponge à mi-chemin. Selon l’adage qui dit que « le trop est l’ennemi du bien », Michel Gondry a gâché la marchandise car, avec un bouquin comme celui de Vian et un casting de choix comme il l’avait constitué (Romain Duris, Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Omar Sy, pour ne citer qu’eux), je m’attendais à bien mieux, d’autant que j’avais apprécié ce réalisateur dans « Eternal Sunshine of the Spotless Mind » qui racontait aussi une histoire d’amour pas banale dans un contexte également décalé et poétique. Plus d’information sur Allociné.
  • Le temps de l'aventureLe temps de l’aventure. 😀 Alix est comédienne en représentation à Calais. Entre deux séances, elle se rend à Paris pour un casting et, par la même occasion, pour retrouver son ami Antoine. Dans le train, son regard croise celui d’un homme plus âgé qu’elle dont elle ne peut se détacher. Pour sa part, c’est peut-être aussi le cas de cet inconnu. Alors qu’ils arrivent à Paris, il lui demande, en Anglais, comment il peut se rendre à l’église Sainte Clotilde, puis il disparaît, laissant Alix profondément troublée. La matinée se déroule plus ou moins bien pour Alix qui tente désespérément de joindre Antoine au téléphone, lequel ne répond pas. Lasse et un peu déprimée, Alix pense encore à l’homme du train et elle décide de se rendre à l’église Sainte Clotilde. A partir de cet instant une vague irrépressible de désir amoureux va s’emparer d’Alix. Ce film du jeune réalisateur Jérôme Bonnell est un véritable chef d’oeuvre pétri de sensibilité, de sensualité et d’humanité. On y retrouverait presque les fantômes de Truffaut,  voire de Rohmer. Au travers de cette parenthèse inattendue (3) de 12 heures dans la vie d’une femme, c’est toute la vie, avec un grand V, qui se déroule devant nos yeux, avec ce corollaire qui veut que l’amour fou peut être au rendez-vous à tout moment, même lorsqu’on ne l’attend pas forcément. Ceci étant, le talent de Jérôme Bonnell n’est pas le seul ingrédient de cette réussite car il faut dire que le film est très largement porté par le talent exceptionnel d’une Emmanuelle Devos qui s’y révèle totalement bouleversante, et d’un naturel remarquable, dans ce rôle de femme qui succombe, un peu malgré elle, aux tourments d’un amour qu’elle sait pourtant éphémère. De même, le jeu tout en sobriété de l’excellent Gabriel Byrne contribue largement à maintenir l’intensité dramatique de cette bien belle histoire d’amour. Plus d’information sur Allociné.
  • Hôtel NormandyHôtel Normandy. 😡 Alice vient d’avoir 40 ans et, après la disparition brutale de son mari, elle refuse de « refaire sa vie » avec un autre compagnon, au grand désespoir de ses deux meilleures amies. Ces dernières décident alors de lui offrir un week-end dans un palace de Deauville. En prime, elles se sont arrangées pour qu’un homme, qu’elles connaissent, séduise Alice durant son séjour afin de la remettre sur les rails de l’amour. Hélas, les choses ne se déroulent pas tout à fait comme prévu. Ce film est un navet de la pire espèce. L’histoire est on ne peut plus « nunuche », les acteurs le sont tout autant, les situations rocambolesques sont à peine du niveau des sitcoms TV de fin d’après-midi (il ne manquerait plus que les « rires en boîtes »). Bref… c’est d’une nullité affligeante. En fait, je n’ai pas pu résister plus de 20 minutes.   Plus d’information sur Allociné.
  • 11-611.6. 😐 Toni Musulin est convoyeur de fond. D’un caractère plutôt taiseux et moyennement apprécié par ses collègues (à l’exception de son coéquipier) il fait son boulot mais il considère qu’il est traité de manière injuste par son employeur. Propriétaire d’un petit immeuble, il en loue le rez de chaussée à une femme, devenue sa maîtresse, laquelle y tient un restaurant. Lors du transport d’une somme bien plus importante que d’habitude, il fausse compagnie à ses coéquipiers et planque les 11,6 millions d’Euros dans un box de garage. Ce film est l’adaptation assez fidèle de la véritable histoire de Toni Musulin et de son casse effectué en novembre 2009. A vrai dire on n’apprend pas grand chose de plus que ce que l’on en a su en 2009, au moment des faits, pas plus sur l’opération elle-même que sur la personnalité complexe de Musulin, lequel n’a toujours rien dit, ni de ses motivations, ni de ce qu’il est advenu de la somme manquante. Ce film ne pourrait être qu’une de ces nombreuses reconstitutions judiciaires, dont la TV nous abreuve, s’il n’y avait François Cluzet dans le rôle de Toni Musulin. En effet, grâce à lui, le personnage prend de l’épaisseur et on finit par y croire un peu plus. Dans le même style, j’avais nettement mieux apprécié le film « PossessionS » à propos de l’affaire du Grand Bornand, film que j’avais évoqué dans cette autre chronique. En effet, la psychologie des personnages y était nettement mieux analysée que dans 11.6 où Philippe Godeau ne s’en est tenu qu’à l’aspect purement factuel. Plus d’information sur Allociné.
  • MudMud. 🙂 Ellis et Neckbone vivent dans des maisons-bateaux sur les rives du Mississipi, à l’écart d’une petite localité de l’Arkansas. Ces deux jeunes adolescents sont plus ou moins livrés à eux-mêmes, les parents du premier étant en instance de séparation et le second étant élevé par un oncle farfelu. Entre deux petits boulots, ils partent souvent à l’aventure sur le fleuve, et entre autres pour se rendre sur une île dans laquelle ils ont repéré un bateau suspendu dans un arbre à la suite d’une crue du fleuve. Un jour, ils découvrent qu’un homme s’y est réfugié. Il dit s’appeler Mud et leur explique qu’après avoir abattu celui qui avait abusé de sa petite amie, il est désormais poursuivi par des tueurs à gage. Les enfants font très rapidement confiance à cet homme mystérieux et ils décident de lui venir en aide en lui apportant non seulement des vivres mais également de quoi remettre à flot le bateau afin qu’il puisse partir. Ayant repéré sa bien-aimée en ville ils deviennent également les agents de liaison entre Mud et celle-ci. Voici un très bon film qui croise habilement une histoire d’amour avec celle de deux enfants sur les chemins de l’adolescence, et le tout dans un contexte proche de celui d’un western au fin fond de l’Amérique profonde. Les acteurs sont impeccables et tous très attachants dans leurs rôles respectifs, que ce soit celui du fugitif que celui des enfants ou de leurs parents. Le réalisateur est Jeff Nichols dont j’avais déjà beaucoup apprécié le film « Take Shelter » que je met quand même un petit cran au dessus de « Mud » (voir cette autre chronique). Plus d’information sur Allociné.
  • L'attentatL’attentat. 😀 D’origine Palestinienne, Amin Jaafari est l’exemple type de la parfaite intégration en Israël. Chirurgien réputé et apprécié, il exerce dans un hôpital de Tel Aviv. Lors de la pause déjeuner, toute la ville est secouée par une violente explosion. Un attentat vient d’avoir lieu dans un restaurant et Amin doit faire face à un afflux de très nombreux blessés. La nuit suivante, il est appelé d’urgence à l’hôpital pour identifier un corps, lequel se révèle être celui de sa propre femme Siham qu’il croyait partie visiter sa famille à Nazareth. La police est persuadée qu’elle est la kamikaze qui portait la bombe. Amin, qui se refuse d’abord à admettre une telle chose, finit par s’y résoudre à la lecture d’un courrier que Siham lui a fait parvenir entre temps. Amin n’a alors plus qu’une obsession, comprendre pourquoi sa femme a ainsi pu s’engager dans un tel combat terroriste sans qu’il ait pu en déceler le moindre indice. Petit à petit il se remémore certains épisodes du passé récent et il commence à échafauder des pistes. Il se décide alors à partir en Palestine, à Naplouse où il pourra peut-être comprendre certaines choses. Ce film n’usurpe pas son qualificatif de « film choc ». Au travers de cette histoire, le réalisateur Ziad Doueiri procède à une mise à plat très efficace de toute la problématique du conflit Israëlo-Palestinien. Il dissèque, avec la précision d’un historien-sociologue, tous les ingrédients qui font que ces deux peuples en sont toujours au même point depuis de si nombreuses années. Une autre vertu de ce film est de ne pas prendre plus partie pour l’un ou l’autre des deux camps, chacun des deux étant tour à tour évoqué avec sobriété. Un film que l’on ne peut pas oublier. Plus d’information sur Allociné.

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(1) Sur ce sujet de la rumeur dévastatrice, je ne peux m’empêcher de penser à celle dont Dominique Baudis (récemment décédé) a fait l’objet en 2003.
(2) J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer cet acteur à l’occasion du film « Royal Affair » dans lequel il tenait le rôle de Johann Struensee médecin du roi Christian VII (voir le billet que j’y ai consacré dans cette chronique mensuelle).
(3) Frédéric Lopez me pardonnera cet emprunt d’une expression qui est également le titre de l’une de ses émissions… 😉
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